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Le blues post-GN (ou post-événement)

Bannière du blog La Mirada de Gorgona

Voilà encore un sujet qui figurait sur ma liste depuis une éternité (bon, j’exagère un peu, mais vous voyez l’idée) et auquel je trouve enfin le temps de m’attaquer : le blues post-GN (ou post-événement, car le phénomène ne se limite pas aux jeux de rôle grandeur nature) (1). Vous en avez probablement déjà entendu parler, ou vous l’avez peut-être même vécue, sans forcément y prêter toute l’attention qu’elle mérite. Pourtant, prendre soin de soi après une expérience intense est indispensable. Je vous propose donc de découvrir ensemble de quoi il s’agit et comment en atténuer les effets lorsqu’ils se manifestent.

Le blues post-GN : définition et caractéristiques

Définir précisément le blues post-GN n’est pas facile, mais je vais essayer :

Le blues post-GN est un état émotionnel altéré qui survient après un grandeur nature (ou une convention), et dont les principales manifestations sont la tristesse et l’abattement.

Les jeux de rôle grandeur nature sont des expériences qui provoquent d’importantes variations hormonales, notamment au niveau des endorphines, de l’adrénaline, de la dopamine, de la sérotonine et de l’ocytocine (2). Après ces pics d’activité, l’organisme connaît une chute brutale qui peut affecter aussi bien le corps que le moral. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas propre aux GN : il a également été observé après d’autres expériences particulièrement intenses, comme les conventions, les festivals ou d’autres grands rassemblements. C’est pourquoi nous parlons aussi de blues post-événement. Si vous êtes à l’aise avec l’anglais, Sarah Lynne Bowman consacre un excellent article (en) sur Nordic Larp à ce phénomène et aux parallèles que l’on peut établir avec d’autres types d’événements.

Le blues post-GN peut également être accentué par les effets du bleed-out, dont je parle plus en détail dans cet autre article ptgptb. C’est pourquoi une transition progressive entre le personnage et la personne qui l’incarne peut contribuer à rendre cette phase plus douce.

Enfin, il convient de préciser que le blues post-GN ne survient pas systématiquement dès la fin de l’événement. Il est même plutôt fréquent de connaître quelques jours d’euphorie créative, en particulier après certains événements ou conventions de JdR, lorsque les échanges avec d’autres personnes ont fait naître une véritable petite étincelle. On peut alors avoir l’impression que le blues ne viendra pas... jusqu’à ce qu’il nous frappe, parfois plus durement encore que nous ne l’avions imaginé. Dans l’article que je citais plus haut, Bowman appelle ce phénomène le post larp charisma, tandis qu’Elin Nilsen le qualifie de « prolonger la bulle » [du jeu qui vient de se terminer (NdT)] (en).

Si vous souhaitez approfondir le sujet au-delà de cet article, les termes anglais les plus couramment employés sont post larp blues, post-con blues, larp crash, larp drop ou encore post-larp depression. Je n’ai pas trouvé d’autres sources en espagnol qui abordent cette question, même si c’est l’expression que nous utilisons couramment dans certains cercles Gnistes (3).

Lors du GN On Location (2019). Photo de Oliver Facey

Quelques pistes pour mieux vivre le blues post-GN

Même si nous aimons toutes et tous vivre des événements si marquants qu’ils nous manquent ensuite terriblement, ce n’est pas très agréable de passer une semaine à reprendre le travail en ayant à peine la force de bouger, le moral dans les chaussettes, et l’esprit constamment tourné vers ce que nous avons vécu le week-end précédent. Voici donc quelques conseils qui pourront vous aider à mieux traverser cette période.

Avant et pendant l’événement

Aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est pendant l’événement que nous pouvons le mieux limiter l’intensité d’un futur blues post-GN, puisque c’est à ce moment-là que nous pouvons agir sur les pics hormonaux et l’épuisement physique. Prendre soin de soi (parfois dès la préparation de l’événement) est donc essentiel.

Essayez donc...

  • De ne pas arriver à l’événement après avoir tout préparé à la dernière minute, sans avoir eu le temps de vous reposer, et en vous jetant tête baissée dans l’intensité émotionnelle sans faire attention.
  • De manger et de boire à des horaires relativement réguliers pendant toute la durée de l’événement.
  • De dormir un peu. Cela contribuera à votre équilibre émotionnel, pendant et après le GN. Notre cerveau a besoin d’un minimum de sommeil. Oui, nous adorons toutes et tous discuter et jouer jusqu’à six heures du matin... mais si vous êtes de nouveau debout à neuf heures, ce n’est peut-être pas une si bonne idée ; encore moins si l’événement dure plus d’un week-end (4).

Enfin, dans la mesure du possible, essayez de ralentir progressivement le rythme entre la fin de l’événement et votre retour à la vie quotidienne. Passer quelques jours supplémentaires sur place, avec ou sans d’autres participants et participantes, peut faire une réelle différence. C’est ce qui se fait pour La Sed Roja [La Soif Rouge] par exemple, en proposant quelques journées facultatives sur le lieu où se déroule le GN. Petit à petit, la magie du Palais des Désirs laisse alors place à la réalité, ce qui aide à maîtriser le bleed-out et la prise de distance avec le personnage.

Après l’événement

Le GN est terminé. Vous avez dit au revoir à vos ami-es, peut-être même avec les larmes aux yeux, et vous prenez le chemin du retour, vers votre foyer et cette réalité parfois un peu absurde que vous aviez quitté pendant quelques jours. Le voyage lui-même peut déjà sembler interminable, surtout si vous devez conduire sans bonne compagnie. À l’inverse, il peut aussi constituer les derniers instants de cette euphorie, ceux auxquels nous nous accrochons avant qu’ils ne s’estompent. Quoi qu’il en soit, dès le trajet du retour, ou une fois chez vous, il est temps de commencer à prendre soin de vous.

Étape 1 : les essentiels

Comme le souligne très justement Nilsen dans son article, la première chose à faire est de répondre aux besoins fondamentaux de votre corps. Si vous avez pris soin de vous avant et pendant l’événement, ils seront déjà en partie satisfaits, mais cela vaut tout de même la peine de vérifier que tout est en ordre.

  • Dormez ! Oui, c’est la grande priorité (ou presque, selon l’heure à laquelle vous rentrez). Même si l’événement s’est merveilleusement bien passé et que vous avez veillé à votre bien-être, votre corps a probablement besoin d’une véritable nuit de sommeil réparateur. Même les meilleurs hébergements ne remplacent jamais son propre lit, et nous poussons presque toujours notre corps (et notre sommeil) dans leurs derniers retranchements. Croyez-moi, je sais de quoi je parle ; je l’ai même fait en étant enceinte (5)...
  • Offrez-vous un bain relaxant, si vous avez une baignoire. Sinon, prenez une bonne douche, à la température qui vous fait du bien. Après un événement, surtout lorsqu’il a duré plusieurs jours, nous avons besoin de nous sentir à nouveau pleinement nous-mêmes : nous laver soigneusement, retrouver notre odeur familière, détendre notre corps. En particulier après un GN en mode camping, une bonne douche ou un bain peuvent transformer votre humeur du tout au tout. C’était d’ailleurs mon petit rituel au retour de fouilles archéologiques qui - croyez-le ou non - ont bien plus de points communs avec les GN qu’on ne l’imagine : nettoyer la terre, se laver les cheveux tranquillement, remettre un peu de crème... On se sent aussitôt redevenir une autre personne !
  • Réhydratez-vous. Nous oublions souvent de boire suffisamment car il y a tant de choses à faire ! Si vous n’avez pas réussi à vous hydrater correctement pendant l’événement, votre corps vous réclamera l’eau dont il a été privé.
  • Mangez, en privilégiant si possible un repas réconfortant qui favorisera aussi la production de sérotonine. Votre organisme a besoin de refaire ses réserves, mais vous aurez probablement aussi envie du réconfort que peut apporter un bon plat fait maison. Essayez de concilier les deux, mais ne culpabilisez pas si, en quittant l’événement, vous vous êtes offert un peu de malbouffe : vous en aviez peut-être besoin ! Bien entendu, si vous pouvez savourer votre plat préféré, préparé maison, c’est encore mieux. Et sinon, le chocolat reste une valeur sûre... même s’il n’y a pas un Détraqueur qui vous poursuit.

Étape 2 : digérer tout ça

Maintenant que les besoins essentiels sont réglés, votre corps est à nouveau propre, hydraté et nourri. C’est un bon début. Pourtant, il est probable que le vide que vous ressentez en vous ne soit pas encore totalement comblé. Vous ne pensez qu’aux bons moments que vous avez vécus, à toutes les personnes qui vous entouraient et qui ne sont désormais plus là, aux ami-es qui vivent loin.


Pepe et moi, le soir à la convention Entrerevs ; même si la photo aurait tout aussi bien pu être prise dans notre canapé au retour à la maison. Mon air complètement éreinté s’explique en partie par le fait qu’une petite Gorgone était en train de grandir en moi. Photo de la fantastique Andrea Vaghi.

Cela peut vous sembler étrange, mais le contact physique me manque toujours énormément. L’une des choses qui me manquent le plus dans les conventions de JdR sur table par rapport aux GN, c’est que la barrière du contact y est plus importante : les câlins me manquent donc beaucoup, et c’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. J’en ai besoin pendant la convention, mais ensuite, ça me manque moins. Bref : du bleed par le toucher. Ça peut vous sembler étrange, mais je suis une petite boule de tendresse, je n’y peux rien. J’ai donc toujours besoin de gérer cet aspect après une expérience intense.

Mais revenons à nos moutons. Il faut donc digérer tout cet enchevêtrement d’émotions, et ce travail ressemble beaucoup aux outils de gestion du bleed-out (si vous voulez explorer le sujet, consultez le lien de mon article cité plus haut). Cependant, ce travail est un peu plus poussé, car il ne concerne pas uniquement le personnage mais aussi le « moi » que nous créons pour les conventions. Il consiste à trouver une place adaptée à ces émotions, à les laisser s’installer sans qu’elles nous submergent, ainsi qu’à apprendre à les apprécier et à les regretter d’une manière saine. Concrètement, c’est du travail émotionnel pur et dur.

Je ne suis certes pas psychologue, mais en plus de mon expérience personnelle, j’ai lu de nombreux témoignages et réflexions afin de vous rassembler quelques stratégies qui fonctionnent dans la majorité des cas. Je vous conseille de les essayer jusqu’à trouver celles qui vous conviennent. Gardez toutefois à l’esprit que je ne vais parler ici que des stratégies qui n’impliquent pas la prise de distance avec le personnage ; pour ces stratégies spécifiques, je vous invite à relire mon article Le Bleed, un va-et-vient émotionnel ptgptb..

Digérer en solitaire

Après un événement intense, quel que soit sa nature, votre cerveau tourne probablement à plein régime et aura beaucoup de mal à se déconnecter. Je ne sais pas si cela vous arrive aussi, mais pour ma part, c’est très fréquent. Je ne pense qu’aux bons et mauvais moments, aux personnes rencontrées, aux sensations ressenties, etc. Dormir ? C’est pour les autres. Me reposer ? C’est bien mal me connaître.

Il faut donc s’autoriser à se déconnecter. Et là, chaque personne doit trouver sa propre méthode, selon ses stratégies personnelles et ses activités réconfortantes, car nous ne sommes pas toutes et tous identiques. Parmi les méthodes qui fonctionnent généralement bien, on peut prendre le temps de lire un livre, de se promener, de se plonger dans son jeu vidéo préféré ou de pratiquer toute autre activité permettant au cerveau de disposer de l’espace nécessaire pour digérer ce qui s’est passé. Mais comme l’explique Nilsen, il existe aussi des personnes qui préfèrent se laisser emporter par l’émotion avant de commencer à aller mieux. Elles recherchent alors une musique qui leur permettra de pleurer et d’exprimer ce qu’elles ressentent, un peu dans l’esprit des techniques de débriefing dont nous avons déjà parlé.

silhouette d'homme au millieu d'étagères de livres

Exprimer ses émotions peut d’ailleurs prendre de nombreuses formes, aussi bien publiques que privées. Écrire dans un journal ou sur son réseau social préféré à propos de l’événement, partager quelques photos, etc., sont autant d’activités qui aident à réfléchir de manière structurée à tout ce que nous avons vécu et, par conséquent, à mieux le digérer. Je crois que ce qui va le plus me manquer avec la disparition progressive de Facebook, ce sont les longs messages de remerciement publiés après les événements. Ils aident énormément à mettre de l’ordre dans ses pensées, tandis que lire ceux des autres donne le sentiment de faire partie de la communauté. J’ai l’impression que les autres réseaux sociaux n’offrent pas vraiment la même chose à ce niveau, mais j’imagine que tout est voué à évoluer.

Digérer à plusieurs

L’autre aspect consiste à digérer l'expérience avec d’autres personnes. Puisqu’il s’agit d’une activité sociale, il est souvent bénéfique de voir que les liens créés perdurent d’une manière ou d’une autre. C’est d’ailleurs le but de certaines stratégies de débriefing ; comme les groupes de parole, les binômes de suivi ou les fêtes post-événement. Mais cela va bien plus loin.

Ajouter vos nouvelles connaissances ou amitiés sur les différents réseaux sociaux aide souvent, car le contact semble alors durer plus longtemps. De plus, vous pouvez lire ce que chaque personne raconte sur l’événement, vous remémorer des moments vécus et continuer à les digérer, comme nous l’avons évoqué précédemment. Échangez avec ces personnes en privé et reconstruisez ensemble le récit de ce qui s’est passé. Et si vous avez la possibilité de retrouver en personne quelqu’un qui était présent, c’est encore mieux. Mais nous savons que ce n’est pas toujours facile.

Vous pouvez même parler de ce que vous avez vécu et le digérer avec des personnes qui n’étaient pas présentes (votre partenaire, d’autres amis, etc.). Nilsen donne à ce sujet un excellent conseil : même s’il est possible et même bénéfique de parler des émotions que vous avez ressenties avec des personnes qui n’étaient pas là, il faut veiller à ne pas les submerger de mille anecdotes. Pour quelqu’un qui n’a pas vécu l’événement, ces histoires n’auront jamais la même puissance que pour vous, même si vous les racontez incroyablement bien. D’ailleurs, j’en profite pour remercier Pepe, mon mari (et co-organisateur de Gorgona), pour tout ce qu’il doit supporter lorsque je rentre d’un événement auquel il n’a pas participé...

Conclusion

J’espère que cette explication vous aura permis de mieux comprendre ce processus que beaucoup d’entre nous traversent au retour d’un événement, en particulier après un GN ou une convention, et que ces quelques conseils vous aideront à mieux comprendre ce que vous ressentez et à retrouver plus rapidement votre équilibre.

Comme toujours, j’ai hâte de vous lire et de savoir si vous avez déjà connu un blues post-GN et quelles stratégies vous aident à mieux le traverser !

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Article original : La depresión post-vivo (o post-evento)

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Note
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(1) NdT : une autre définition du « blues post-GN » ptgptb. [Retour]

(2) NdT : dans le contexte des GN, nous n’avons trouvé que des études menées sur ocytocine (celle-ci (en) par exemple). Cependant, il est raisonnable de supposer que les autres hormones subissent également des variations en raison des situations vécues par les participant-es à travers leurs personnages. [Retour]

(3) NdT : en français, il existe quelques ressources comme cet article d’électro-GN ou encore celui-ci sur Larpalot. Le blues y est toujours associé au bleed. [Retour]

(4) NdT : le manque de sommeil pourrait provoquer des expériences mystiques ptgptb chez les GNistes… [Retour]

(5) NdT : Vous pouvez lire chez PTGPTB l’article de Mme Machancoses sur sa participation aux GN pendant sa grossesse, ou bien celui sur comment elle a organisé des GN pendant sa grossesse. C’est… extrême. [Retour]

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Traducteur.ice.s

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